Quand l’art s’invite sur le chemin de deuil

10341874_10152065469261059_6551085448738706955_n

Y a t-il une place pour l’expression artistique dans le parcours et l’accompagnement du parent endeuillé ? Est ce possible, et si oui, que permet-elle ?
Déjà abordée lors d’une rencontre avec D.Davous (2014). Une nouvelle fois nous nous reposons cette question à travers le témoignage d’Elsa.
« Créer » du latin « creare », signifie engendrer, produire, mettre au monde. Une manière encore différente, d’inscrire en soi la perte de son enfant et de donner vie

Nous vous invitons à découvrir le témoignage d’Elsa autour de ce sujet illustré par des extraits du spectacle « Cette histoire de Ballon ».

« Le 15 décembre 2012, un samedi comme tant d’autres,  un samedi de préparatifs des fêtes de Noël, un samedi où Malo, notre petit garçon de 18 mois, était chez sa nourrice pendant que nous allions travailler ; “Nounouuu” comme il l’appelait si tendrement du bout de sa bouche si finement dessinée, un samedi qui ne laissait pas présumer que notre vie allait basculer… et pourtant Ce samedi où tout a basculé. … Malo ne se réveillera jamais de sa sieste ; Mort Inattendue du Nourrisson! »

Ce corps qui donne vie, qui a mal aujourd’hui. C’est par le réapprentissage de celui-ci, en mouvement, seule, pas à pas, par la musique, par le ressenti, que j’ai pu laisser-aller mes émotions et ma souffrance. Moi qui ai dansé de nombreuses années et utilisais ce moyen d’expression avec facilité. « M’autoriser à danser c’était accepter de vivre. Je n’en n’avais pas le droit puisque mon fils avait perdu la vie… Au début, je me suis battue avec moi-même: mon corps était glacé, incapable de se laisser aller au plaisir de la danse… Au bout de quelques mois j’ai vaincu ce barrage, j’ai enfin lâché prise, j’ai pu avoir du plaisir dans le partage de la danse. Dans ce plaisir que je retrouvais il y avait une place pour ma douleur. » (Vivre après la mort de son enfant – p20-21).

Comment arriver à décrire l’indescriptible ? Comment permettre aux personnes qui nous entourent d’arriver à percevoir ce que nous vivons. Ce que notre corps, notre esprit, notre coeur subit depuis le décès de son enfant. Comment répondre à ces questions ;  comment faites-vous? Comment allez-vous? Comment répondre à ces non-dits.

L’écriture de ce scénario est venue comme une évidence après une année de vie sans lui, sans notre Malo. Des scènes très précises se dessinaient dans ma tête. L’expression par le corps pouvait peut-être arriver à transcrire bien plus que des mots. Le manuscrit s’est fait en deux jours comme si je déroulais un fil déjà tricoté depuis un an. Comme si les lectures, les émotions, les mots se mettaient en ordre pour y redonner un sens. Ce scénario « Cette Histoire de Ballon » a été repris, adapté, mis en scène, en mouvement, par le Centre de Danse Dauphine. Tout un projet collectif, de vie où 150 artistes menés par 4 chorégraphes dont Muriel HERPIN (Directrice du Centre), ont permis quelque part que Malo continue à vivre parmi nous autrement.

Aujourd’hui, un an encore après, je comprends en écoutant Boris CYRULNIK lors d’une conférence à Paris, ou en lisant Ginette RAIMBAULT ce qui s’est produit par la création de ce spectacle :

“Sublimer: faire passer d’un état à un autre, par les mots, les couleurs, les sons, s’approprier comme pour le retenir, ou le faire ressurgir, celui qui n’est plus, vivre encore un temps irréel, ailleurs, sur la scène désolée du cœur, avec l’aimé devenu ombre… A l’issu du moment créateur, peut-être cette ombre reflue-t-elle, puisque le sujet a avancé vers l’acceptation du réel et de la disparition”

Parlons du deuil – RAIMBAULT G.

“J’ai pour te bâtir un tombeau, des mots du soleil et des rêves”
André VELTER

Download PDF

Télécharger cet article en PDF