Christophe Fauré, une vie au chevet du deuil

Parrain de cœur de « Naître et Vivre », Christophe Fauré est un médecin plein d’humilité. Pour lui, un groupe de parole est un allié précieux sur le chemin du deuil. Rencontre.

Christophe Fauré a fait des « ruptures de vie » sa spécialité. Dans l’intimité de son cabinet parisien, ce psychiatre et psychothérapeute accompagne celles et ceux que la vie malmène : la disparition d’un être cher, la perte d’une relation d’amour, l’accompagnement d’un proche en fin de vie.
S’il exerce aujourd’hui en pratique libérale, c’est en milieu hospitalier que Christophe Fauré a pour la première fois été confronté à la fin de vie. « J’avais 24 ans, j’étais étudiant à la faculté Necker et je faisais un stage à l’Institut Pasteur. »
Nous sommes dans les années 80. C’est le début de l’épidémie du sida. « Cette confrontation à la fin de vie, à la mort m’a amené à m’intéresser aux soins palliatifs et à la question du deuil. Je m’y suis engagé à corps perdu tellement ça m’a passionné. »

Le deuil, une cicatrice

Ce qui fascine alors le jeune étudiant, passionne aujourd’hui encore le professionnel qu’il est devenu : « l’être humain a une capacité à se reconstruire sans forcément avoir conscience qu’il le fait. Il y a en nous un processus intelligent de cicatrisation, le processus de deuil. »
Tout le travail de Christophe Fauré se fonde donc sur cette intime conviction : nous avons tous, au fond de nous-mêmes, les ressources nécessaires pour nous affranchir de la peine et parvenir à l’apaisement.
Mais pour cela, il est important de connaître les clés du processus de deuil. « Nous pouvons créer des conditions supplémentaires pour accompagner ce processus tout comme on crée des conditions favorables pour qu’une plaie cicatrise bien. »
Un enjeu capital selon Christophe Fauré notamment en cas de deuil traumatique : « le syndrome de stress post-traumatique, par exemple quand un parent perd un enfant par suicide, est un élément majeur qui peut empêcher le déroulé harmonieux du deuil. »

L’associatif en première ligne

Cette conviction que « demain existe », Christophe Fauré la puise dans les rencontres et les partages qu’il a depuis plus de 30 ans, avec ses patients ou les membres des associations auprès desquelles il s’investit. Il accompagne notamment « Naître et Vivre » depuis 20 ans.
« Tout ce que je sais, je l’ai appris de l’associatif. Ce n’est pas sur les bancs de la fac. Ce n’est pas de la théorie ! J’apprends au contact des gens et je restitue leurs expériences dans mes livres ou mes conférences. »
Si le rôle des associations est primordial dans sa connaissance du processus de deuil, il est essentiel aussi, selon lui, pour celles et ceux qui ont perdu un être cher, et en particulier pour les parents qui font face au décès de leur tout-petit.
« Le psy, c’est bien mais l’échange entre « pairs », c’est mieux ! Les parents endeuillés ont une réelle expertise, une légitimité, une crédibilité qu’ils peuvent transmettre et partager. »
A l’évocation des parents qu’il accompagne, de ceux qu’il rencontre dans ses conférences, Christophe Fauré s’émerveille, touché de la force qu’il voit resurgir en eux. «Ça met du sens à ma vie d’accompagner cette souffrance-là, d’aider des gens à cheminer, à s’en sortir. »

Ensemble pour donner du sens

Cheminer vers la résilience, c’est l’invitation que lance Christophe Fauré dans son cabinet, ses ouvrages, ses conférences. Cheminer mais surtout pas seul. « N’ayez pas honte ni peur de demander de l’aide. Ça ne remet pas en question la valeur de la personne que vous êtes. Vous méritez l’aide que vous demandez » assure-t-il à ceux qui hésitent à consulter un professionnel, à s’orienter vers un groupe de parole.
« Mettez-vous en position de ne pas refuser ce réel qui a tant de choses à vous apprendre parce que vous ne saurez jamais si un jour, vous ne serez pas en mesure vous-même d’aider quelqu’un dans cette même peine. »
Ce réel, c’est le deuil…la dure réalité de l’absence…Christophe Fauré en est convaincu « en l’acceptant, en accueillant ce vécu de deuil, cette réalité telle qu’elle est, vous pourrez un jour être en mesure d’aider et ainsi peut-être de donner du sens à la perte de votre petit. »

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