Accompagnement du deuil périnatal : des progrès sont encore à faire en maternité. Une maman témoigne

06 Sep 2026 | Témoignages

Samia a perdu son petit garçon Thyam le 20 avril 2024, mort in utero à la veille de son déclenchement à 39 semaines de grossesse. Elle déplore un manque d’accompagnement à la maternité comme à la sortie.

Après la naissance de Mya-Lyzia en 2022, Samia a démarré une deuxième grossesse qui s’est vite avérée à risque en raison d’un diabète gestationnel, alors qu’elle était par ailleurs confrontée à des violences conjugales.

En fin de grossesse, elle demande à être déclenchée, ce qu’on lui refuse, avant d’arriver aux 39 semaines de grossesse. « Je sentais que ça n’allait pas… On me répondait que c’était le stress », se souvient-elle deux ans après.

Un déclenchement est finalement programmé le 18 avril, à 39 semaines. Tout allait bien lors d’un contrôle monitoring deux jours avant cette date programmée. Mais le Jour J, à l’arrivée, le bébé n’avait plus de rythme cardiaque. La sage-femme qui fait l’examen ne lui dit rien. C’est un médecin qui lui annonce de but en blanc : « il n’y a plus de battement cardiaque. Votre enfant est mort », sans plus de ménagement. La jeune maman, seule à ce moment-là, s’effondre. « Le début d’un véritable tsunami et le bouleversement d’une vie », se remémore-t-elle aujourd’hui.

Elle souhaitait alors une césarienne, mais on lui annonce qu’on va la déclencher pour un accouchement par voie basse. On lui explique que cela laisse plus de chance à une autre grossesse. « On pensait déjà à l’après, alors que mon fils était encore en moi », lâche Samia.

Il lui faudra attendre deux jours, seule dans sa chambre, sans droit aux visites, « mon bébé mort dans mon ventre », dit-elle. « Il y avait d’autres priorités dans la maternité », lui a-t-on dit. Elle demande à voir un psychologue, ce qu’on lui refuse. « La seule proposition que j’ai eue, c’est un rendez-vous deux mois après. »

L’accouchement sera difficile et douloureux (la péridurale n’a pas marché), sous l’œil d’une sage-femme toutefois bienveillante, se remémore-t-elle. « Le plus douloureux, c’était le silence et cette ambiance : donner vie à la mort. »

Une heure et demie après l’arrivée de son petit Thyam, sans vie, elle remonte, seule dans sa chambre. Entendre les bébés pleurer dans cette maternité lui est insupportable. « Je regrette tellement qu’on ne me l’ait pas posé sur moi juste après la naissance. On me l’a ramené ensuite, habillé, dans un berceau, sans un mot. »

« J’ai eu du mal à aller vers ce berceau, j’ai fait une photo, chanté une berceuse et beaucoup pleuré, seule dans ma chambre. » Thyam a ensuite été emmené à la chambre mortuaire de l’hôpital. Pour tout accompagnement, Samia reçoit un coffret dans lequel se trouve un livret standard remis après l’accouchement et la perte d’un enfant avec également les empreintes de pied et de main de son petit garçon et trois photos prises de lui par la sage-femme. On lui transmet parallèlement la procédure à faire avec les documents remis froidement, avec un acte d’enfant né sans vie, « comme si son existence était niée », résume-t-elle. « Tout était mécanique… administratif. »

Samia rentre chez elle, les bras vides, sans aucun conseil notamment sur la montée de lait. « Quel manque d’humanité ! Vous venez pour donner la vie, et tout d’un coup tout s’arrête et personne ne vient vous parler », lâche-t-elle la voix encore chargée d’émotions. « J’étais en colère et si seule, j’aurais voulu qu’on me parle de mon fils, qu’on me dise qu’il serait toujours avec moi. »

Elle aurait voulu être aidée pour savoir comment faire avec son aînée qui l’attendait tellement. Sur le plan médical, elle n’a eu aucune explication. « Je faisais partie des statistiques, des 7 à 8 % de bébés qui meurent comme cela en fin de grossesse sans cause déterminée. »

Depuis, Samia a eu une petite fille, Lennaya, arrivée le 13 mai 2025, une grossesse là aussi compliquée, avec la peur de revivre la même chose et par deux fois des alertes de cœur qui ne battait plus. A chaque fois la sage-femme a finalement retrouvé le battement de cœur s’excusant au passage. Samia a accouché à 36 semaines dans la même maternité d’une petite fille prématurée.

A la suite du décès de son petit garçon, la jeune maman s’est prise en charge seule, en consultant une psychologue. Elle a trouvé une écoute aussi auprès de Naître et Vivre, dont elle avait trouvé les coordonnées dans le coffret remis à la maternité.

Aujourd’hui elle aimerait aider, avec ce témoignage, toutes celles qui ont vécu la même chose en leur montrant qu’elles ne sont pas seules. Mais aussi montrer aux professionnels la nécessité de prendre le temps d’expliquer, d’accompagner, d’orienter, de soutenir et pas seulement d’informer. « Toute vie humaine, si courte soit-elle, mérite qu’on la respecte et que sa famille reçoive soutien et accompagnement. »