La place du deuil dans le monde du soin

22 Mar 2026 | Actualités Naître et Vivre, Témoignages

« Être soignant, c’est aussi savoir accompagner les familles dans le deuil avec humanité et être à l’écoute ». Tel était le thème d’une table ronde organisée le jeudi 9 avril par Caraboat, association des étudiants en médecine de l’Université catholique de Lille, sur ce sujet aussi universel que difficile.

Nicole et Jacques, deux parents de Naître et Vivre qui ont chacun perdu un petit de mort inattendue y ont témoigné, aux côtés de Nathalie, maman de Marguerite, une étudiante de la Catho décédée il y a deux ans d’une méningite foudroyante alors qu’elle était en 1ère année de médecine. Deux deuils qui se rapprochent par leur soudaineté.

Beaucoup d’émotions partagées dans cette table ronde qui fut l’occasion de beaux échanges. Chaque famille a raconté son drame et ses circonstances, cet état de sidération dans lequel vous plonge la mort brutale d’un enfant, quel que soit son âge. Chacun s’est rappelé l’attitude des soignants et a également exprimé quels auraient été ses besoins, afin d’éclairer les futurs soignants, une soixantaine d’étudiants et étudiantes présents dans la salle.

Présence et bienveillance

« J’ai eu besoin qu’on me raconte à nouveau tout ce qui s’était passé » s’est souvenue Nathalie, qui était à Paris quand sa fille est décédée à Lille. « Parler de la personne décédée, dire son nom, rester quand c’est possible, ne pas « expédier » pour mieux fuir ». Surtout ne pas dire : « vous en aurez un autre », ont dit chacun leur tour Nicole et Jacques.

Le plus important est bien sûr ce besoin de bienveillance et d’écoute.  « Il ne faut pas forcément parler, mais écouter, reformuler, être présent, poser une main sur le bras », a résumé le Dr Charkaluk, à la fois pédiatre en néonatalité à l’hôpital lillois Saint Vincent de Paul et doyenne de la faculté de médecine de la Catho. « L’empathie fait du bien. Les temps de silence sont importants, ne pas vouloir les combler à tout prix ».  Car « être soignant, c’est aussi savoir accompagner les familles dans le deuil avec humanité et écoute » a-t-elle ajouté. « Quand le soin n’est plus utile, on peut encore prendre soin de ceux qui restent ». La praticienne a aussi évoqué l’expérience de son service et dit la nécessité pour les équipes de soignants de prendre le temps d’échanger pour « décharger » les émotions.

Les étudiants se sont interrogés sur la question de la culpabilité. « Incoercible parce que nous sommes parents et que nous nous sentons responsables de tout ce qui arrive à nos enfants même si nous n’y pouvons rien. On se demande toujours ce qu’on a raté », a expliqué Jacques. « Toute information venant de professionnels et montrant qu’il n’y a pas de faute de la part des parents est utile, même à distance du décès ». « Et quand on a une explication avec les résultats de l’autopsie et que l’on se dit que si on l’avait couché autrement, ça ne serait peut-être pas arrivé, il faut apprendre à vivre avec », a ajouté Nicole.

Combien de temps dure un deuil ? a demandé une étudiante. Rozen Leberre, docteur en philosophie et professeure en sciences humaines et éthique à la Catho, experte du deuil, a tenté de répondre à cette question en rappelant les différentes phases du deuil, « qui durent plus ou moins longtemps selon les personnes et les types de décès ». On a parlé de la blessure qui se rouvre, des dates qui ravivent les souvenirs (anniversaire ou témoignages comme aujourd’hui), des autres deuils auquel cela peut renvoyer.

Au-delà des connaissances, l’humanité

« Cette conférence a profondément marqué les étudiants, tant sur le plan humain que professionnel », a raconté Ambre, présidente de Caraboat. Les témoignages, en particulier celui de la maman de Marguerite, ont rappelé avec une grande intensité la brutalité de certaines pertes et l’importance d’une présence soignante, empreinte d’attentions et d’empathie. « Les interventions autour de la mort inattendue du nourrisson ont également mis en lumière la complexité du deuil parental et l’utilité d’un accompagnement adapté, respectueux et sans jugement », estime-t-elle.

Les étudiants ont pris conscience qu’au-delà des connaissances médicales, leur rôle reposera aussi sur leur humanité, leur capacité à accueillir la parole, les émotions et parfois le silence des patients et de leurs proches. Certains étudiants déjà confrontés à la mort dans leurs stages, ont trouvé des ressources dans cette table-ronde. Ils ont appris que chaque deuil est unique et que le soignant, même sans réponse, peut offrir un soutien essentiel par sa posture, sa bienveillance et sa disponibilité.

Les étudiants se sont aussi demandé si les soignants peuvent se laisser aller à leurs émotions. « On peut partager, et même verser une larme, mais ne  pas s’effondrer. », a répondu le Dr Charkaluk, « ne pas viser le parfait, mais se former ».

Et savoir renvoyer à toutes les associations qui œuvrent dans ce domaine, a conclu Jacques.